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Coups D’oeil Sur Le Salon Funéraire

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Le salon funéraire est pareil à la salle d’opération, en cela qu’il s’agit d’un lieu auquel on rebute souvent à se rendre, non pas à cause d’une révulsion de l’être devant le lieu lui-même, mais devant les prémisses horribles qu’il pose. Profondément, le salon funéraire s’établit en franche contradiction avec cette illusion du réel issue du quotidien, ce paradigme de l’éternel recommencement, de l’immortalité virtuellement acquise par l’ennui. Le salon funéraire nous confronte à nous-même en nous confrontant à la finitude des nôtres. Posons ensemble un regard attentif sur ce lieu intéressant.

On doit d’abord, avant d’en tirer toute l’essence, observer le salon funéraire, répondre enfin à la question : à quoi reconnaît-on ce salon funéraire dont il est question ici? C’est d’abord, dans sa plus complète généralité, un lieu qui accueille des cérémonies soulignant les décès de citoyens et de citoyennes en tout genre. L’endroit, moins formel que l’église, mais plus formel qu’un simple salon, est donc l’endroit par excellence pour réunir des gens autour d’un deuil commun. Si l’on soulignera certes la mort d’une manière spirituelle dans un lieu de culte, le salon funéraire joue quant à lui un rôle plus humain, plus psychologique. On y retrouvera souvent des fauteuils et on y fera circuler de petites bouchées. Contrairement aux lieux de culte, aux architectures souvent majestueuses, le salon funéraire est tout en sobriété. Il n’est pas là pour rendre hommage à quelque Dieu vénéré des hommes. Il est simplement là puisqu’il fallait un lieu pour permettre mieux ce qui s’y passe.

Ce qui s’y passe justement, attardons-nous à en parler quelque peu. Car nous l’avons dit un peu plus haut, si le salon funéraire est sobre, c’est que l’économie des moyens convient bien à son rôle. Dans le salon funéraire, le deuil s’exerce et s’exacerbe. Souvent, on procédera à une exposition du défunt, qui sera placé dans un cercueil à demi ouvert. Les petits coussins disposés au sol devant le cercueil permettent aux proches du regretté de s’agenouiller pour se recueillir. C’est une réunion à la fois, et un hommage. Dans le salon funéraire, on revoit des gens qu’on connaît peu, mais qui partage avec nous la proximité d’un être qui fut. Et voilà qu’on se prend soudain à tenter de comprendre. C’est peut-être le premier pas du deuil, et à la fois le plus important, le plus fondamental. Véritablement, c’est l’étape fondatrice dans l’ensemble de ce processus. Il s’agit de faire le point dans les murs du salon, d’y réunir la mémoire vive d’une personne, à savoir la trace qu’il laisse dans le cœur des gens. Ce résumé, certes sommaire, est une mise au point nécessaire. On s’y révèle en notre âme ce que le défunt était pour nous, mais plus encore on le confronte à ce qu’il était pour l’autre. Pour tel c’était un confident, alors que pour tel autre, c’était un être taciturne, par exemple. Cette reconnaissance de l’autre, de ce qu’il était, cette modeste et douloureuse tentative de cerner une nature perdue, voilà toute l’importance du salon funéraire sur un plan individuel.

Mais le salon funéraire a aussi son importance sur le plan social. Il vaut bien la peine de souligner comme le salon funéraire permet de codifier quelque chose d’aussi douloureux et violent que la mort. La mort est lourde, difficile à porter, et si la religion allège ce fardeau à travers tout un réseau de croyances et de coutumes, la vie moderne amène des complications que l’église ne peut régler. Ainsi, faire une cérémonie chrétienne va de soi lorsque le défunt était chrétien, mais que faire de ses amis musulmans, par exemple? Le salon funéraire est donc aussi une manifestation de la nouvelle société multiculturelle.

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