Accepter l’aide des autres, c’est entrer en relation (privée, sociale ou professionnelle) en se rendant des services mutuellement. Et non pas en demandant des services aux autres, quand vous ne leur renvoyez jamais l’ascenseur. Le Trou noir affectif* en est le spécialiste : tout lui est dû, il vous traite comme un esclave, mais ne vous rend jamais rien. Quant au Desperado*, il se plie en quatre et refuse tout aide. Pourquoi certaines personnes (peut-être est-ce votre cas) n’acceptent-elles pas ou ont-elles beaucoup de mal à accepter l’aide des autres ?
Je me souviens d’un amant très brillant que j’avais eu dans mon jeune temps à Paris et qui m’avait dit ceci : « Tu te crois forte, Pascale, parce que tu regardes les gens du haut de ta tour d’ivoire et tu penses n’avoir besoin de personne. Mais la véritable force, c’est justement de descendre dans la foule et d’avoir la capacité de te mêler aux autres ». Dans ma vingtaine, pensez-vous que j’aie compris quelque chose à ce discours pertinent qui, pourtant, resta gravé dans ma mémoire ? Ça m’a pris des années pour le décoder. Arrivée à Paris à l’âge de 23 ans, ne connaissant personne, je me débrouillais effectivement seule. Puis, au fil du temps, je me suis fait des amis, mais je restais fière de ne pas avoir besoin d’eux, même si j’étais toujours prête, moi, à rendre service. A tel point que, ayant eu un accident de moto et me retrouvant aux urgences en pleine nuit (entorse + points de sutures au pied), je pris un taxi pour rentrer chez moi, à cloche pied. Pourtant j’avais tissé un lien d’amitié avec ma voisine du dessus, qui me croisa le lendemain avec des béquilles (que j’étais allée chercher toute seule à la pharmacie, toujours sur un pied !) dans l’escalier, sidérée que je ne l’aie pas appelée pour qu’elle vienne me chercher à l’hôpital. Je lui répondis, en toute sincérité, que je n’y avais même pas pensé. Dans mon cas, il ne s’agissait pas d’orgueil, mais d’une habitude à ne compter que sur moi-même. Habitude dont je me suis défaite.
Parlons justement de l’orgueil qui empêche une majorité de demander un service, soit parce que vous ne voulez rien devoir à personne, soit parce que vous détestez montrer que vous avez besoin des autres. J’ai personnellement eu beaucoup de difficultés à faire taire mon orgueil, quand je me suis retrouvée, pour la troisième fois, à genoux pliant sous le poids de la souffrance accumulée au fil des années. Bien sûr, j’étais déjà tombée deux fois, ayant réglé la question avec un arrêt de travail qui m’avait permis de monter à cheval chaque jour pour me remettre d’aplomb. Mais après 11 mois au Québec, quand je retombai, point de cheval à l’horizon et pas d’arrêt de travail non plus puisque je travaillais à mon compte. La peur a battu l’orgueil à plate couture : cette fois-ci, ne comprenant pas de quoi j’étais frappée, j’ai eu peur d’en « crever ». L’instinct de survie a embarqué, prenant le pas sur l’orgueil : j’ai donc demandé de l’aide pour régler un problème que je ne comprenais pas. J’ai dû mon salut au Shiatsu pour me libérer de la colère et de la tristesse et, surtout, pour éviter de « trucider » le deuxième conjoint. C’est un discours que j’entends souvent de la part de certains de mes clients en coaching : « Je suis brillant, j’aurais dû pouvoir me sortir de cette souffrance tout seul ». Mais cette souffrance, qui grandit de jour en jour, finit par étouffer l’orgueil et l’aide est finalement demandée, étant arrivé au bout du rouleau.
Et puis, il y a ceux qui ont peur du rejet et qui refusent donc de demander quoi que ce soit pensant qu’ils essuieront un « non » de toute façon. Cette peur est immense et pourtant, vous le savez, un « non » n’a jamais tué personne. C’est la perception que vous en avez qui va vous ébranler : le foutu rejet. Et enfin, ceux qui ont peur de déranger et pour lesquels il est totalement impensable de prendre du temps à quelqu’un, pensant qu’ils n’en « valent pas la peine » et qu’ils n’existent de toute façon pour personne. Effacés, ils n’osent entrer en interaction avec qui que ce soit, rougissent quand on leur parle en plus de bafouiller et éprouvant des difficultés à parler à plus de deux personnes, ils ne se risqueront pas à demander un service non plus. En fait, sur quoi repose l’amitié (voire l’amour !) et les relations sociales et professionnelles épanouissantes ? Sur les services que nous nous rendons mutuellement et qui construisent une relation : donner ET recevoir de façon équivalente. Si vous demandez des services à tour de bras, alors que vous pourriez le faire vous-même, n’aidant jamais à votre tour, les personnes équilibrées ne se laisseront pas utiliser et vous laisseront de côté. Et si c’est vous qui rendez service à n’en plus finir, mais refusez que l’on vous rend la pareille, alors, une fois de plus, les personnes équilibrées s’éloigneront de vous aussi, refusant de vous utiliser. Quel plaisir de demander un service à bon escient ou d’en rendre un, comptant sur nos amis qui peuvent compter sur nous !
*Cf. « Le syndrome de Tarzan » (Béliveau éditeur)