LA GÉNÉROSITÉ : DÉFAUT OU QUALITÉ ?
« Je suis trop généreux. C’est terminé ! », affirment la plupart de mes clients, après s’être faits dépouiller, ratisser, lessiver financièrement ou autrement, par un conjoint ou des (faux)amis. Ils sont, en grande majorité, des Desperados* ayant donné tout ce qu’ils pouvaient et avaient à une ou plusieurs personnes, dans l’espoir unique d’obtenir de l’affection, de l’attention et de la reconnaissance… qu’ils n’ont bien évidemment pas eues ! L’amitié, l’amour, l’attention, la reconnaissance, ça ne s’achète pas. Même si vous donniez votre sang pour cela !
En fait, la générosité est souvent utilisée pour contrôler. Qui n’a pas dit ou pensé, qu’il ne faut pas donner d’argent à un « quêteux » parce qu’il va aussitôt le boire ? Certains se sont trouvés bien malins d’offrir plutôt un sandwich ou un bout de pain, qu’ils ont pris sur le nez : qui êtes-vous pour contrôler cette personne qui tend juste la main ? Vous voulez son bien en l’empêchant de boire ? Que feriez-vous si votre vie était ruinée, réduite à la misère, avec juste votre manteau sur le dos et plus aucune confiance ni estime pour reprendre le contrôle de votre vie ? Vous boiriez ! Vous n’avez pas à juger ceux qui sont dans la rue : soit vous donnez pour donner, et peu importe ce qu’il en fera, soit vous passez votre chemin et ça s’arrête là. Les raisons pour lesquelles cette personne se retrouve dans cette situation ne vous regardent pas. Combien de parents ont donné de l’argent pour contrôler leurs enfants ? Au lieu d’affection et d’attention, c’était des billets, mais il fallait que le rejeton fasse ce qui était exigé, sinon, on coupe les vivres !
Le Desperado va tout donner pour acheter l’autre, avant même que l’autre ait demandé quoi que ce soit. Aucun Trou noir affectif n’a jamais tordu le bras à un Desperado : pas besoin, l’autre est déjà à ses pieds et le sert comme un esclave ! Puis notre Trou noir va continuer à réclamer ce que son partenaire lui offre depuis le début, mais ça ne fera plus l’affaire de ce dernier qui a donné dans le but précis d’acheter, mais rien ne vient ! Alors, il va donner encore plus, pour le plus grand plaisir de son compère, qui, une fois l’autre ruiné, partira vampiriser quelqu’un d’autre. Vous appelez cela de la générosité ?! Je me souviens de Jim (le deuxième conjoint que j’ai eu) qui, alors que je lui payais tout ce qu’il voulait, bien que nous soyons séparés, m’a répondu « mais, je ne t’ai rien demandé », quand je lui reprochais de ne pas me remercier ! J’ai eu l’impression d’avoir marché sur un râteau et de le prendre en sur plein nez ! Il avait raison, il ne m’avait rien demandé : je répondais à tous ses besoins, avant même qu’il ne les nomme, parce que je voulais qu’il me trouve généreuse et m’en remercie. Foutu besoin de reconnaissance ! Lui, il en profitait au maximum : il avait compris comment traire la vache à lait !
La générosité est une qualité, il faut juste être prudent dans le choix des personnes envers lesquelles vous serez généreux. J’ai écrit « prudent », pas « méfiant ». Ne faites pas payer à des personnes honnêtes, ce que d’autres, malhonnêtes, vous auront fait. Il ne faut pas donner dans le but précis de recevoir, avec des attentes sous-jacentes, mais donner sans condition. Juste pour votre plaisir, parce que vous sentez au fond de vous que c’est juste et que c’est bien. En revanche, il est normal, en amitié et en amour, ou encore professionnellement, de recevoir en échange de ce que vous donnez. Il doit y avoir une réciprocité. Ce que vous n’aurez pas en faisant des dons à des organismes. Il faut choisir ses causes. Comment faire ? Allez vers celles qui vous touchent particulièrement. La vie est bien faite et nous avons des intérêts et des goûts différents : certains voudront aider les petits Africains, d’autres donneront pour la recherche contre le cancer, pour les enfants malades ou les centres d’hébergement pour femmes battues. D’autres pour l’hôpital de leur ville. Bien sûr, vous penserez que c’est au gouvernement de payer pour ce service, mais s’ils font des levées de fonds, c’est bien parce qu’ils manquent d’argent. Et cet argent servira à améliorer le service qu’ils vous rendront. Un hôpital, c’est comme une assurance, en ce qui me concerne, je suis prête à payer le prix fort pour ne jamais en avoir besoin, mais au moins, je sais que si une catastrophe m’arrive, je suis couverte et bien servie. Mon hôpital à moi, c’est le CHUM sur St-Denis à Montréal que je soutiens, puis il y a les pompiers de St-Jean-de-Matha, mes « quêteux » de la rue Mont-Royal et les différentes causes que je croise, dans les magasins ou autre. Je ne cherche pas, comme à l’époque de Jim, à vous faire dire que je suis généreuse : je le fais pour mon plaisir uniquement et je n’attends rien en retour. Surtout pas de l’hôpital, car j’espère ne jamais y entrer, que pour un bilan de santé annuel ! Et je vous rappelle au passage qu’un hôpital fait partie du premier niveau logique : l’Environnement. Savoir que vous en avez un à côté de chez vous, bien équipé grâce à la générosité des concitoyens est toujours un élément rassurant. Osez me dire le contraire !
Donner pour donner, c’est la véritable générosité : pour votre plaisir uniquement. Mais si vous donnez pour recevoir, vous serez perdant, car vous tomberez sur des Trous noirs affectifs qui vous prendront tout, vous faisant miroiter qu’ils vous donneront quelque chose, peut-être, un jour… Mais ce sera… jamais !
* Desperado : celui qui donne tout vs le Trou noir affectif qui prend tout